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INTER 133 • LE MANIFESTE, LE SLOGAN, LE PROGRAMME

Date de sortie 2 septembre 2019

Appel aux textes et aux visuels/ Call for written and visual submissions

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NUMÉRO 133 • LE MANIFESTE, LE SLOGAN, LE PROGRAMME

Depuis plus d’un siècle, les mouvements artistiques ont recours aux manifestes : futurisme (Marinetti), Dada (Tzara), Fluxus (Maciunas), etc. Quel rôle joue aujourd’hui la déclaration de positions esthétiques et politiques ? Qu’est devenue la pratique du manifeste au XXIe siècle ? Il existe des manifestes féministes (dès 1914 avec Mina Loy en Europe, mais aussi les Pussy Riot en Russie et Delvaux au Québec, plus récemment), des invitations au pacte social et au réveil écologique, des appels à caractère politique… Il s’agit ici d’interroger le manifeste comme forme d’expression qui investit le langage en tant qu’arme de changement, qui n’a pas perdu confiance dans la force d’intervention des mots. Il y a dans le manifeste l’espoir que nous serons entendus, qu’une prise de position saura altérer l’histoire. C’est un texte, une capsule vidéo, un geste public posé par un collectif, un nous qui fait de cette prise de position un point tournant : dorénavant nous ne pourrons plus dire que…, nous ne pourrons plus prétendre que…, nous ne pourrons pas faire comme si… Le manifeste constitue une charnière entre l’avant et l’après : il signifie une rupture avec le statu quo, l’émergence d’une masse critique ; il nous exhorte à nous mobiliser, constitue un guide pour affronter le changement, en expose le programme. Le manifeste, c’est aussi l’usage de déclarations publiques, tel le J’accuse… ! d’Émile Zola, ou la pratique de formules rassembleuses, comme les Slogans de Maria Soudaïeva. Entre rupture et interpellation, c’est enregistrer un consensus, appeler à la manifestation, se donner un rôle dans l’histoire.

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For over a century, artistic movements have made use of manifestos: Futurism (Marinetti), Dada (Tzara), Fluxus (Maciunas), etc. In today’s world, what role is played by declarations of political and aesthetic stances? There are feminist manifestos (appearing as early as 1914 with Mina Loy in Europe, but also more recently with Pussy Riot in Russia and Delvaux in Québec), calls for social pacts and ecological awakening as well as political proclamations… Here, we wish to examine manifestos as forms of expression that use language as a weapon for change, where words can still be used as forces of intervention. In the manifesto, there is the hope that we will be heard and that taking a stance will change the course of history. It might be an essay, a video or a public action performed by a collective “we” that turns the standpoint into a tipping point: From now on, it is unacceptable to say that…  We may no longer pretend that… We may not longer act as though… The manifesto establishes a pivotal moment separating the “before” from the “after”; it represents a break with the status quo and the forming of a critical mass; it urges us to mobilize and presents a guide for facing change, laying out the agenda. Manifestos may include public statements, such as Émile Zola’s I accuse! or rallying cries, like Maria Soudaïeva’s Slogans. They disrupt, call out, form a consensus, rally in protest and forge a place in history.

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Format des textes/Article format : 3500 mots au maximum/words maximum

Format des images/Image format : 300 dpi, format JPEG ou/or TIFF, minimum 46 x 30 cm

Consultez la section « Proposer un article » sur notre site Web afin de connaître tous les détails concernant l’envoi de vos soumissions./Consult the “Call for Proposals” section of our website for details on submitting an article.

Date limite/Deadline : 20 mai /May 20nd, 2019

Date de parution/Publication date : automne/Automn 2019

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INTER 134 • HASARDS, ACCIDENTS : L’HEUREUX IMPRÉVU

Date de sortie 20 janvier 2020

Appel aux textes et aux visuels/ Call for written and visual submissions

English will follow

NUMÉRO 134 • HASARDS, ACCIDENTS : L’HEUREUX IMPRÉVU • CHANCE, THE UNEXPECTED: HAPPY ACCIDENTS

Tout acte, envisagé non pas du point de vue de l’agent, mais dans la perspective du processus dans le cadre duquel il se produit et dont il interrompt l’automatisme, est un « miracle » – c’est-à-dire quelque chose à quoi on ne pouvait pas s’attendre. Hannah Arendt, Qu’est-ce que la liberté ?

Les hasards de l’existence provoquent aussi bien infortunes que fortunes. Avec l’implication d’heureux imprévus, que nous plaçons en tête dans cet appel à contribution, est mise en relief une dimension qui est au cœur de la définition du terme sérendipité, soit la possibilité de faire une découverte importante, notamment scientifique, par hasard, par erreur ou par accident. Cette découverte correspond à quelque chose d’essentiellement bénéfique ou utile, comme celle de l’aspirine, de la pénicilline, du téflon ou du velcro. Pour paraphraser le mathématicien Henri Poincaré réfléchissant au rôle de son inconscient dans ses raisonnements, il s’agit d’effectuer une découverte sur notre manière de découvrir ou encore de trouver quelque chose d’important que nous ne cherchions pas, telle l’Amérique pour Christophe Colomb.

Plus précisément, il est possible de distinguer trois routes qui conduisent à l’innovation ou à la découverte. La première est celle de la sérendipité authentique, où est trouvé de manière imprévue ce que nous ne cherchons pas. Si cette trouvaille est reconnue par celui ou celle qui l’a découverte, la sérendipité est dite positive. C’est le cas de la pierre de Rosette par un officier du génie (le colonel d’Hautpoul) qui, coordonnant des travaux de fortification près du Nil, a ordonné que cette pierre « d’un très beau granit noir » soit aussitôt transportée au Caire pour analyse. Il a ainsi directement contribué au décryptage des hiéroglyphes et à la fondation de l’égyptologie. La sérendipité authentique est dite au contraire négative lorsque la découverte est réalisée, mais que celle-ci n’est pas interprétée ou expliquée adéquatement, comme celle de Colomb avec l’Amérique : ce dernier est resté persuadé jusqu’à sa mort qu’il était arrivé aux Indes orientales.

Deuxièmement, la pseudo-sérendipité désigne, dans les découvertes accidentelles, différentes manières d’arriver à un but recherché, en contraste avec l’authentique sérendipité qui décrit la découverte accidentelle de choses non cherchées. La pseudo-sérendipité est exemplifiée par la découverte de la pénicilline par Alexandre Fleming, lequel, cherchant effectivement ce que nous appellons aujourd’hui un antibiotique, l’a trouvé par des routes imprévues. La pénicilline est née en effet d’une observation accidentelle : « Mon seul mérite est que je ne négligeai pas l’observation et que j’abordai le sujet comme un bactériologue. » (A. Fleming, cité dans Pek van Andel et Danièle Bourcier, De la sérendipité dans la science, la technique, l’art et le droit, Hermann, 2013 [2008], p. 120.) Fleming aurait pu être indifférent à cette observation, tout comme l’ingénieur de Bonaparte envers la pierre de Rosette, auquel cas la découverte n’aurait tout simplement pas eu lieu. La différence importante entre Fleming et le citoyen d’Hautpoul est que ce dernier ne cherchait en rien à découvrir la compréhension des hiéroglyphes : il était ingénieur, pas égyptologue, tandis que Fleming, lui, était bactériologue.

Enfin, une découverte peut être faite sans que la sérendipité joue un rôle. Il s’agit alors de non-sérendipité, d’une découverte effectuée parce que nous la cherchions, trouvée par des routes préméditées. Elle correspond certainement à la route, à l’autoroute, la plus rassurante pour les esprits qui sont pétris uniquement de calculs et de logique.

La création esthétique dans son ensemble offre un champ d’application et de réflexion peu fréquenté par cette notion de sérendipité. Dans le monde de la science comme dans celui de l’art, la sérendipité implique cet aspect essentiel reposant sur le fait « que celui qui cherche a dû se préparer mentalement à cette survenue inattendue, dont il est ainsi capable d’apercevoir l’intérêt en dépit du fait qu’elle se manifeste en dehors du cadre imparti par l’hypothèse de départ ». (Denis Grozdanovitch, La puissance discrète du hasard, Denoël, 2013, p. 74.) Cette attitude mentale, conjuguant en quelque sorte une capacité d’attention et de distraction ou de désintéressement, est particulièrement prisée au sein des arts de la scène, de la commedia dell’arte à l’art actuel dit d’action ou de performance, qui impliquent en outre ces mêmes capacités de la part du public spectateur, devenant ainsi parfois coauteur ou coacteur de la représentation.

Le cyberespace constitue un autre champ d’application à considérer. D’une part, les moteurs de recherche sur la Toile multiplient exponentiellement les possibilités de découvertes fortuites par le surgissement de liens inopinés après une quelconque requête. Il est alors toutefois question de pseudo-sérendipité, car la trouvaille reste en lien plus ou moins direct avec la requête formulée. D’autre part, la sphère croissante de l’intelligence artificielle, de l’apprentissage dit profond grâce aux algorithmes arraisonnant les banques de mégadonnées, tend à faire disparaître l’attention accordée à la sérendipité, tant l’automatisme et la vitesse des calculs statistiques sont d’une précision accablante. Cette intelligence est déployée pour le plus grand bénéfice d’un capitalisme cybernétique qui se gave des possibilités ainsi offertes de transformer chaque parcelle de l’existence humaine, de l’activité publique à l’intimité la plus secrète, en marchandises et en profils de consommateurs vendus à des agences de publicité.

La notion étymologique de sérendipité a été forgée par Horace Walpole en 1754 à partir de la lecture d’un ancien conte perse intitulé Trois princes de Sérendip. Sérendip est le nom d’une région correspondant à son époque à l’île de Ceylan et aujourd’hui au Sri Lanka. Les pérégrinations de ces trois princes sur le continent indien les conduisent de jour en jour à des découvertes surprenantes qu’ils interprètent chaque fois de manière judicieuse. Ce conte perse, repris aussi diversement par Shakespeare dans Hamlet (1610) que Voltaire dans Zadig (1748), est parfois considéré comme une prémisse du roman policier. Dans ce genre littéraire, la judicieuse interprétation d’un signe surprenant, le discernement, l’astuce, le flair, l’instinct et l’imagination, et pas seulement le calcul ou la logique, peuvent nous permettre de résoudre l’énigme et de démasquer le ou les criminels.

Ainsi, aussi bien les champs de la science et de la technique que de ceux de l’art et de la littérature sont susceptibles d’être interrogés par la thématique de ce dossier.

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Every act, seen from the perspective not of the agent but of the process in whose framework it occurs and whose automatism it interrupts, is a ‘miracle’—that is, something which could not be expected. Hannah Arendt, What Is Freedom?

The coincidences of everyday life cause as much good fortune as misfortune. With the idea of happy accidents being put forth in this call for submissions, an aspect that lies at the very core of the definition of the term “serendipity” is being stressed, and that is the possibility of making an important discovery, particularly scientific in nature, by chance, mistake or by accident. The discovery in question represents something that is essentially beneficial or useful, such as aspirin, penicillin, Teflon or Velcro. To paraphrase mathematician Henri Poincaré’s reflection on the role of his subconscious in his reasonings, it is a question of discovering something about our way of discovering, or of finding something significant that we were not looking for, like Christopher Columbus discovering America.

More precisely, three routes leading to innovation and discovery may be distinguished. First, there is true serendipity, through which something that was not being looked for is found in an unexpected manner. If this finding is acknowledged by he or she who made the discovery, the serendipity is said to be positive. Such was the case for the Rosetta Stone, discovered by an engineering officer (Colonel d’Hautpoul) coordinating work on fortifications near the Nile and who ordered that the stone “of a very nice black granite” be immediately transported to Cairo for analysis. In doing so, he directly contributed to the deciphering of hieroglyphics and the foundation of Egyptology. On the contrary, true serendipity is said to be negative when a discovery is made, but is not adequately interpreted or explained, like Columbus’ discovery of America, as he believed he had arrived in the East Indies right up until his death.

Within the context of accidental discoveries, the second route, pseudoserendipity, refers to different ways of reaching a desired result. This differs from true serendipity, where things that were not being searched for are accidentally discovered. An example of pseudoserendipity is Alexander Fleming’s discovery of penicillin. Fleming was indeed searching for what we now call an antibiotic, but it was an unexpected incident that led him there. In fact, penicillin was discovered through an accidental observation: “My only merit is that I did not neglect the observation and that I pursued the subject as a bacteriologist.” (Fleming, quoted by Pek van Andel and Danièle Bourcier, De la sérendipité dans la science, la technique, l’art et le droit, Hermann, 2013 [2008], p. 120). Fleming could have been indifferent to this observation, just as Bonaparte’s engineer could have ignored the Rosetta Stone, in which case the discovery would have simply not occurred. The main difference between Fleming and the citizen d’Hautpoul is that the latter sought not to discover the key to understanding hieroglyphics: he was an engineer, not an Egyptologist, while Fleming was indeed a bacteriologist.

Finally, the third route refers to a discovery in which serendipity plays no role. This is non-serendipity, or a discovery made because it was searched for and found via premeditated avenues. This is certainly the most reassuring road—or highway—for those whose minds are steeped solely in calculations and logic.

Aesthetic creation as a whole offers a field of application and reflection in which this notion of serendipity is seldom seen. In the world of science, much like in the world of art, serendipity implies a key aspect based on the fact “that the person who is searching must have mentally prepared themselves for this unexpected event, the relevance of which may therefore be noticed despite the fact that it occurred outside the framework established by the initial hypothesis”. (Denis Grozdanovitch, La puissance discrète du hasard, Denoël, 2013, p. 74.) This mental attitude, which somehow combines the capacity for attention with distraction or disinterestedness, is particularly sought after in performance art, from commedia dell’arte to the current art practices of action and performance art, which involve this same attitude on the part of the audience, who may consequently become co-authors or co-actors of the performance.

Another field of application to be regarded is cyberspace. On one hand, internet search engines exponentially increase the possibilities for incidental findings with the plethora of unexpected links that arise from each request. However, this would qualify as pseudoserendipity, as the finding remains more or less related to the request made. Moreover, the evolving fields of artificial intelligence and deep learning via algorithms that probe metadatabases tend to cancel out any attention paid to serendipity here, as the speed and automatism of the statistical calculations involved are of mind-blowing precision. This is all for the greater benefit of cybernetic capitalism, which devours these opportunities to transform each morsel of human existence, from public activities to the most intimate secrets, into merchandise and consumer profiles to be sold to advertising agencies.

Etymologically, the concept of serendipity was developed by Horace Walpole in 1754. He was inspired by an old Persian fairy tale that he had read called The Three Princes of Serendip. Serendip was the name of the region known in Walpole’s time as the island of Ceylon and today known as Sri Lanka. The travels of these three princes on the Indian sub-continent led them to surprising discoveries day after day, and each time, they interpreted them in a judicious manner. This Persian fairy tale, which inspired works as diverse as Shakespeare’s Hamlet (1610) and Voltaire’s Zadig (1748), is sometimes considered a precursor to the detective fiction genre. In this type of literature, judicious interpretation of unexpected signs, discernment, cleverness, flair, instinct and imagination, rather than logic and calculations alone, can lead to solving the mystery and unmasking the criminal.

Therefore, the fields of science, technology, art and literature may all potentially be brought into question within the context of this edition.

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Format des textes/Article format : 3500 mots au maximum/words maximum

Format des images/Image format : 300 dpi, format JPEG ou/or TIFF, minimum 46 x 30 cm

Consultez la section « Proposer un article » sur notre site Web afin de connaître tous les détails concernant l’envoi de vos soumissions./Consult the “Call for Proposals” section of our website for details on submitting an article. www.inter-lelieu.org • redaction@inter-lelieu.org

Responsable de dossier/Project manager : Martin Nadeau

Date limite/Deadline : 2 septembre/September 2, 2019

Date de parution/Publication date : Hiver 2020/Winter 2020

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