(vertebrata) / Diane Morin

Exposition du 21 février au 22 mars 2020 / Vernissage le 21 février dès 17h

L’exposition

Invité.e à pénétrer dans une salle rongée par la pénombre, le.a spectateur.rice, dont les repères on été court-circuités par la noirceur, fouille l’obscurité à la recherche d’un brèche de lumière à laquelle arrimer son regard. Graduellement, l’égarement se dissipe: l’oeil parvient à trouver un point d’ancrage dans le mince faisceau lumineux qui traverse la pièce. Illuminant une grille métallique disposée au centre de l’espace d’exposition, la brèche de lumière découpe tour à tour la silhouette de soixante crâne de chauves-souris placés aux intersections des barreaux métalliques du grillage. Convergeant en un seul point sur le mur faisant face à la grille, les ombres des crânes se superposent, s’alternent et se fondent les unes dans les autres au rythme d’un jeu de lumière. Cette danse d’ombres s’accompagne d’une trame sonore instrumentale dont les bruit et les rythmes irréguliers rappellent ceux d’un corps caverneux.

Les propriétés physiques que l’on reconnaît normalement aux crânes – objets normalement statiques et rigides – se voient ici transcendés par la lente alternance de leur ombre permise par des fondus lumineux qui permettre leur projection sur le point fixe d’un mur qui, dès lors, se voit animé par la fluide succession de silhouettes qui le traverse. Si cette superposition d’ombrages donne d’abord l’impression que l’on assiste à une hybridation, voire à une fusion simultanée des crânes qui aurait pour effet de brouiller les singularités de chacun d’eux pour donner naissance à une image unique, l’éclairage successif de ceux-ci initie un mouvement se construisant sur l’addition d’apparitions et de disparitions: un dynamisme permettant la prise de conscience des caractéristiques spécifiques entre l’ombre passée dont les contours s’étiolent, celle dont la forme s’affirme pleinement et celle dont l’on pressent la naissance. Oeuvre rendue captivante par son renouvellement constant, (vertebrata) – et les jeux d’ombres qu’elle donne à voir – s’offre à la contemplation méditative, comme si, de l’osmose des contours de ces soixante crânes, il était possible de constater l’émergence de nouvelles formes autonomes. Celles-ci, prenant formellement leur distance de leur référent, semblent inviter le spectateur à les investir à l’aune de sa propre subjectivité pour en dégager un sens nouveau: l’installation paraît, en ce sens, rappeler les images des test de Rorschach – les taches d’encre étant ici substituées par des formes ombrageuses.

-Florent Michaud

Mot de l’artiste

Il s’agissait d’abord de faire advenir des événements arithmétiques, mécaniques, sonores et lumineux. De fabriquer un inventaire de formes à partir des données tomographiques de crânes de différentes espèces de chauves-souris. D’imbriquer ces objets dans un dispositif, un espace.

Depuis quelques années, je poursuis des recherches visant à fabriquer des dispositifs de projections d’ombres permettant de générer des durées – déroulements, ellipses, arrêts sur images, ralentis, etc. – et des expériences temporelles faisant écho aux techniques de montage vidéo ou cinématographique. Je travaille également à des dispositifs mettant en espace la logique du calcul binaire et de mise en mémoire utilisée en informatique. Il s’agit de dispositifs comprenant des objets, des assemblages mécaniques et des circuits électroniques assemblés pour créer des systèmes informatiques plus ou moins fonctionnels.

(vertebrata) est un projet/laboratoire dans lequel les différents éléments peuvent évoluer et se métamorphoser en cours d’exposition, explorant les possibilités d’assemblage et de ré-assemblage de fragments, en lien avec l’idée de préserver une expérience de la nature.

– Diane Morin

Diane Morin

Née en 1974 à Saint-Joseph-de-Kamouraska, Diane Morin vit et travaille à Montréal. Depuis 1998, elle réalise des installations faisant intervenir plusieurs procédés tel la projection d’ombres, le dessin, la cinétique, l’électronique, la vidéo, le son.

S’intéressant à l’histoire des médias, à l’espace, à l’objet et la durée, elle a élaboré dans ses oeuvres divers dispositifs automatisés de projection d’images (capteurs d’ombres, 2006-2015, imbrication-machines à réduire le temps, 2011-2013, etc) impliquant des procédés et dispositifs liés aux débuts du cinéma. Depuis 2012, elle développe Le grand calculateur, oeuvre regroupant des séries de dessins et d’installations mettant en espace la logique du calcul binaire et de mise en mémoire utilisée en informatique.

Elle a exposé individuellement et collectivement à Montréal, ailleurs au Canada et à l’étranger. En 2014 elle devient la première lauréate du nouveau Prix en art actuel du Musée national des beaux-arts du Québec remis en collaboration avec la Fondation RBC. Elle a participé a de nombreuses résidences d’artistes, notamment à La chambre blanche à Québec (2001), à Art3 à Valence (2006), Meandres à DAÏMÔN à Gatineau (2006), au Nordisk Kunstnarsenter à Dale, Norvège (2017) et au Studio du Québec à New-York en 2018.

* Image fixe tirée de la vidéo chipotera, 2019 (Source des données tomographiques : Muséum américain d’histoire naturelle)

Sélection d’oeuvres antérieures

Diane Morin, Séries blanches, 2006. Détail d'un photogramme
Diane Morin, Séries blanches, 2006. Détail d’un photogramme

 

Diane Morin, souffles de la série Effondrement, 2012
Diane Morin, Souffles de la série Effondrement, 2012

 

Diane Morin, Le Grand Calculateur 1, 2013. Aperçu de l'installation
Diane Morin, Le Grand Calculateur 1, 2013. Aperçu de l’installation