Inter n° 125 - Connectivités

Au moment où les potentialités de connexion avec le monde semblent augmenter à une vitesse exponentielle, au moment où l’emprise des technologies numériques n’a de cesse d’accroître sa puissance de transformation de la vie quotidienne, alors qu’une grande partie de cette infrastructure reste néanmoins sous le contrôle de grands acteurs privés échappant au cadre des administrations publiques, il paraît de plus en plus important d’explorer les diverses modalités d’action et de création que suscite cette condition.

Si pour certains, comme Byung-Chul Han ou Giorgio Agamben, ce vertigineux envahissement des dispositifs numériques et techniques ne contribue qu’à une inexorable aliénation, pour d’autres, comme Nicholas Negroponte ou Pierre Lévy, cet essor constitue plutôt un vecteur d’émancipation. Entre ces deux polarités, un ensemble de pratiques artistiques et citoyennes s’affaire de façon plus ou moins critique et pragmatique à user créativement de cette condition. Il peut s’agir de la détourner, d’y opposer des lignes de la fuite, d’y trouver des occasions de mise en « commun », d’y inventer de nouvelles voies d’hybridation, des modes d’expérience ou de réseautage alternatifs. C’est à ce champ d’investigation ouvert que se consacre le présent dossier.

Les connectivités sont associées à d’innombrables dispositifs portables, réseaux sociaux, objets connectés, aux données massives et à l’interactivité, aux réalités actuelle, virtuelle et augmentée, mais aussi simplement à des corps en action et à l’affût, à de l’écriture, à de la parole et à des gestes créateurs de solidarité et d’affects dans les contextes les plus divers. Si la connectivité (comme degré de liaison entre périphériques ou éléments informatiques) est communément associée aujourd’hui à l’univers technologique, elle ne s’y confine pas : sous le signe du lien (biologique, écologique, social, affectif…), elle met en jeu un ensemble varié d’agencements transversaux et hétérogènes. Face à la masse fluente des données qui envahissent l’environnement quotidien, des ruptures tactiques peuvent de même générer une marge pour l’expérimentation d’autres types de liens créatifs au sein d’un territoire, d’une communauté. Entre connexions et déconnexions, c’est ainsi un champ réticulaire et interstitiel que suggère la gamme étendue des trajectoires, à la fois critiques et affirmatives, qu’est susceptible d’engager aujourd’hui le thème des connectivités.

À l’instar de ce que proposaient déjà Gilles Deleuze et Félix Guattari il y a une quarantaine d’années avec la notion de rhizome, il ne s’agira pas tant ici de se demander ce qu’un projet artistique ou citoyen « veut dire », mais bien plutôt « avec quoi il fonctionne, en connexion de quoi il fait ou non passer des intensités, dans quelles multiplicités il introduit et métamorphose la sienne ».

Ont contribué à ce numéro : Amandine Bajou, Louise Boisclair, Samuel Bianchini, Jean-Pierre Bobillot, Jade Boivin, Constanza Camelo-Suarez, Nathalie Côté, Luc Courchesne, Joe Davis, Yves Doyon, Charles Dreyfus, Jean-Maxime Dufresne, Guillaume Ethier, Giovanni Fontana, Claude Fortin, Philippe Franck, Fanny Georges, Jonathan Lamy, François-Joseph Lapointe, Luc Lévesque, Martin Nadeau, Odile Ariane Pahai Langa, James Partaik, Projet EVA (Étienne Grenier, Simon Laroche), Jean-Paul Quéinnec, Alexandre Saunier, Julien St Georges Tremblay, Pierre Tremblay-Thériault.

    

inter-lelieu.org utilise des cookies pour améliorer votre visite et analyser les performances du site. En naviguant sur ce site, vous consentez à l'utilisation de ces cookies, veuillez consulter notre Politique de protection des données.