Rêver d’un monde de soleil

Du 22 janvier au 6 février 2022 

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L’évènement Rêver d’un monde de soleil, est une expression tirée d’une citation du poète sénégalais et académicien Léopold Sédar Senghor où il dit : « J’ai rêvé d’un monde de soleil dans la fraternité de mes frères aux yeux bleus ».

Cette belle assertion, mérite d’être ramenée au gout du jour, pour souligner davantage la présence africaine dans le concert des nations. Nous allons mettre en lumière au cours de ce programme, le génie et le talent, de ces artistes qui parfois, au-delà de l’indescriptible chaos social et politique, continuent d’œuvrer pour ce rêve de monde de soleil.

 

 

«Totem» par Christian Etongo

Dans les religions traditionnelles africaines, le totem est un objet d’identification qui unit un groupe avec un lien inébranlable. Il s’agit souvent d’une sculpture verticale en bois recouverte de symboles. La tête est généralement surdimensionnée car, en tant que siège de la pensée, elle est considérée comme la partie la plus noble du corps. L’animal ou la plante incarnée par le totem est considéré comme sacrée et ne peut être ni consommée ni commercialisée. Les œuvres de Christian Etongo sont des constellations complexes qui écrasent de manière performative les mythes et les rituels afin d’établir une sorte de nouveau concept africain (centrafricain) de la culture. Dans Totem, il incarne le « Ngan’Ngan », sorte de maître de cérémonie, mettant en scène le rapatriement symbolique d’un totem volé par un autre clan. Neuf masques sont disposés en cercle sur la scène, Etongo se tient au milieu et tente de rappeler le dixième masque perdu. Commence alors un rituel qui brouille les frontières entre mise en scène, réalité, monde spirituel et théâtre.

 

 

 

Performance Alaagba Par Jelili Atiku avec Tathy Yazigi

Place Patriarca et 6 Centro Cultural Banco do Brasil, São Paulo, Brésil, le samedi 28 avril 2018

Toute puissance qui prendra désormais possession d’une étendue de terre sur les côtes du continent africain en dehors de ses possessions actuelles, ou qui, étant jusqu’ici sans ces possessions, les acquerra, ainsi que la puissance qui y assumera un Protectorat, accompagnera l’acte respectif d’une notification adressée aux autres puissances signataires du présent Acte, afin de leur permettre, le cas échéant, de faire valoir leurs propres revendications. Article 34 de l’Acte général de la conférence de Berlin, 26 février 1885. En 1450, l’atrocité contre les peuples d’Afrique commence lorsque les Portugais entreprennent l’exploration du continent en naviguant le long de ses côtes.

Le succès des expéditions portugaises a incité d’autres puissances navales européennes à explorer l’Afrique. Par conséquent, au milieu du XIXe siècle, les Européens, poussés par la révolution industrielle et le besoin de main-d’œuvre bon marché, de matières premières et de nouveaux marchés, ont pris le contrôle et établi des colonies dans tous les territoires africains. Ainsi capitalisés, ils dominent le pays en introduisant des mesures et traitements raciaux grossiers et inhumains. Entre le 15 novembre 1884 et le 26 novembre 1885, quatorze pays sont représentés par une pléthore d’ambassadeurs, dont Auguste Marie François Beernaert (chef de cabinet, Belgique), Otto Van Bismark (chancelier, Allemagne), Jacob Brønnum Scavenius Estrup (premier ministre, Danemark), Jules Grévy (président, France), Agostino Depretis (premier ministre, Italie), William Ewart Gladstone (premier ministre, Royaume-Uni), Jan Heemskerk (président du Conseil des ministres, Pays-Bas), Ernesto Rodolfo Hintze Ribeiro (premier ministre, Portugal), Antonio Cánovas Del Castillo (premier ministre, Espagne), Robert Themptander (premier ministre, Suède-Norvège), Nicholas de Giers (ministre des Affaires étrangères, Russie), Count Eduard von Taaffe (ministre-président, Autriche), Kálmán Tisza (ministre-président, Hongrie), Walter Quintin Gresham (secrétaire d’État, États-Unis), et Küçük Mehmet Sait Pasha (grand vizir, Empire ottoman) se réunissent en conférence à Berlin pour superposer la sphère d’influence européenne et consolider la domination du continent africain.

La conférence réussit à diviser l’intérieur des territoires africains en frontières géométriques et à les partager entre les puissances européennes au mépris des frontières culturelles et linguistiques des peuples autochtones. Ces frontières arbitraires annoncent les conséquences désastreuses auxquelles le continent est aujourd’hui confronté, telles que des inégalités raciales et un nettoyage ethnique dévastateur, des conflits violents sur des questions fondamentales pour la survie et le progrès de l’humanité, des guerres civiles sans fin, une pauvreté abjecte et une famine de masse, des sous-développements, etc. À la fin des années 1950, l’Afrique a entamé le processus de décolonisation par l’autogouvernance et l’indépendance face au colonialisme et du néo-colonialisme. Bien que les États africains soient aujourd’hui indépendants, les processus de décolonisation et de guérison semblent lents et inefficaces. L’Afrique reste fortement dépendante et toujours sous l’effet du néo-colonialisme et du néo-libéralisme.

Ce lien de dépendance et cette exploitation effrénée, en particulier à travers les activités des sociétés transnationales, ont des effets négatifs sur les conditions de vie de millions de personnes en Afrique, créant des difficultés économiques et encourageant dans certains cas la répression politique. Le contexte ci-dessus motive l’intérêt et sert de toile de fond pour enquêter et sonder l’espace politique des conditions humaines actuelles en Afrique.

L’objectif d’Alaagba est de se positionner dans l’espace public à titre de répertoire social des expériences africaines collectives et individuelles des gens, et de produire une performance sociopolitique afin de susciter des discussions critiques sur les situations socioéconomiques et politiques post-modernes du continent. L’objectif est d’attirer l’attention sur la question du passé afin d’activer des actions visant à repenser le contenu du passé, à remodeler le présent et à réinventer l’avenir, d’où la performance Alaagba. Alaagba est une performance processionnelle qui intègre les éléments de l’espace public, en particulier l’architecture et les formes humaines, dans des processus performatifs d’etutu (rituel) de purification.

La performance fait également participer les gens dans l’intention de les amener à agir et à construire des discours simultanés, peut-être multiples, sur les expériences et les réalités de l’Afrique postcoloniale. Empruntant son titre à l’éthique, aux valeurs et à la pratique de la religion Egungun, le thème de la performance est de rouvrir le débat sur la question de la décolonisation de l’Afrique. Les moyens d’expression du projet se limitent principalement à la performance et à l’installation, qui comprennent le texte, le dessin et la vidéo.

 

 

«Résurrection» par Yannos Majestikos

Au milieu de cercueils, habités par des esprits (portraits vidéo de gros plans de têtes humaines), Yannos Majestikos communique avec ces âmes égarées pour explorer le cimetière de l’exil et les raisons de leur errance, qu’elles soient mortes sur le chemin de l’exil mais vivantes par leur esprit ou vivantes physiquement mais mortes d’avoir perdu une partie d’elles-mêmes.

Étapes de travail :

Construction de 10 cercueils en bois.

Installation d’un écran muni d’une clé USB à l’intérieur de chaque cercueil.

Réalisation et montage de 10 vidéos de gros plans de têtes humaines pour les écrans et d’une vidéo destinée à être projetée en grand format.

Réalisation d’une bande son, à partir d’enregistrements réalisés sur le marché de Kinshasa.

Réalisation d’un détecteur d’esprits (objet équipé d’une caméra, de lumière et d’une petite antenne parabolique).

Réalisation d’un costume et d’un casque avec des matériaux de récupération.

Installation des cercueils dans l’espace (suspendus, posés sur un pied).

Dans cette installation-performance, Yannos Majestikos fabrique des objets qui lui permettent de communiquer avec des âmes égarées. Il part dans une quête d’exploration des cimetières de l’exil et cherche à comprendre les raisons de leur errance. Qu’elles soient mortes sur le chemin de l’exil mais vivantes par leur esprit ou vivantes physiquement mais mortes d’avoir perdu une partie d’elles-mêmes, Yannos tentera de faire en sorte qu’elles ne finissent pas dans l’oubli ou l’indifférence.

La conférence virtuel du 22 Janvier

Discussion avec les panélistes suivants :

Serge Olivier Fokoua, artiste et commissaire du projet Arthur Poutignat, artiste plasticien et auteur

ARTISTES (Vidéo Performance) :

Jelili Atiku (Nigéria) Christian Étongo (Cameroun) Yannos Majestikos (Congo)