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Appel de texte Inter n. 138

*À la lumière des événements actuels, l’équipe d’Inter a jugé plus pertinent de repousser la date de sortie de son numéro Afrique à l’année prochaine, afin de coïncider avec la tenue de la prochaine RiAP et la venue au Québec d’artistes africain.e.s. Nous sommes navré.e.s des déceptions et des inconvénients encourus pour certain.e.s d’entre vous – soyez toutefois assuré.e.s que tous les visuels et tous les textes reçus jusqu’à maintenant seront pris en compte.

Appel aux textes

Steve Giasson. Performance invisible n165 (Faire l’artiste). Enactment de William Wegman. Artist. 1971.
Performeur : Steve Giasson. Photo : Martin Vinette. Retouches photographiques : Daniel Roy. GHAM & DAFE, Montréal, 15 août 2019. 

Inter n. 138 / Renoncement et anonymat

Nous voulons comprendre la démarche des artistes qui ont renoncé à l’art. Ont-ils voulu se détacher des institutions dont le monopole économique et les structures spectaclistes surdéterminent les pratiques de création ?

Nous voulons jeter un éclairage sur les artistes récalcitrants, aux productions absentes ou discrètes, qui choisissent les milieux parallèles aux officines officielles, qui aiment à œuvrer dans le quotidien ou encore qui préfèrent l’anonymat. À la façon de Bartleby, le personnage de Melville, ils diraient : « Je préférerais ne pas. » Ces artistes, ils renoncent à se faire une place et un nom dans l’industrie culturelle pour favoriser une visée spirituelle, ou politique, ou strictement personnelle. Ils prennent peut-être aussi conscience qu’ils deviennent les produits d’un milieu qui est certes cool (éduqué, branché, urbain…), mais pas moins étroit. Ils fuient les lancements et boycottent les vernissages pour entamer un exode culturel vers des terrains de pratique sans vernis ni vedettes ou bien pour se libérer d’un milieu culturel qui exige de l’art qu’il soit soumis à l’obligation idéologique d’avoir une utilité sociale et une valeur morale. Alors, ils proposent des œuvres délinquantes et ringardes, anachroniques et intempestives.

Beckett n’avait de cesse de renoncer à l’écriture, Beuys annonçait sa dernière performance, Hsieh renonce à l’art… Le négatif, ce n’est pas l’affrontement, mais la défection ; ce n’est pas la lutte, mais le renoncement. Le renoncement serait une stratégie de lutte, selon Deleuze, contre un système qui maîtrise la totalité des codes. Il n’y aurait que le fiasco qui saurait résister au système hyperpuissant, surdéterminé et complexe qui récupère tous les affrontements. Il n’y aurait que l’anonymat qui rende possible une liberté. 

Certains artistes renoncent à l’art pour se convertir à l’activisme. Certains croient pouvoir combiner les deux. D’autres, inversement, abandonnent le militantisme pour s’engager dans une démarche artistique personnelle, avec des préoccupations exclusivement esthétiques. Dans le dossier « Renoncements et anonymat » du numéro 138 de la revue Inter, art actuel, nous cherchons entre autres à comprendre comment ces artistes renoncent à la visibilité et à la reconnaissance, sans toutefois prétendre les sortir de la clandestinité. Nous acceptons les propositions anonymes.

Nous sommes notamment intéressés à savoir comment ils jouent avec l’idée de tout arrêter, le fantasme de renoncer à tout, mais également comment cette manifestation du désir peut les aider à supporter une situation. Parfois arrive un point critique qui mène au passage à l’acte, à une rupture salutaire. Dans ses Syllogismes de l’amertume, Emil Cioran – qui ne s’est pas suicidé – disait : « Sans l’idée du suicide, je me serais tué depuis toujours. » Il avait besoin de ce fantasme : la liberté de renoncer à lui-même. 

Il existe aussi des artistes qui ne renoncent pas à l’art, mais dont la vie est marquée par des renoncements importants, lesquels se répercutent dans leur art : la viande, la télévision, la compagnie (conjoints, enfants, animaux…), les bourses, les temps libres, etc. 

Il y a enfin les artistes qui renoncent à tout pour leur art et ceux, en revanche, qui renoncent à laisser une trace de leur passage sur terre – sauf dans la revue Inter.

Date de tombée : 1er mai 2021

Date de parution : été 2021

EN

Inter, art actuel 138 Renunciations and Anonymity

We would like to understand the approach adopted by artists who have renounced art. Did they wish to separate themselves from the institutions that overdetermine creative practices with their economic monopolies and structures based on spectacle?

We would like to shed light on the recalcitrant artists whose artworks are absent or discreet, who choose parallel routes over official avenues, who practice art in the context of day-to-day life or who prefer anonymity. Like Melville’s character Bartleby, they “would prefer not to”. These artists renounce making a name or a place for themselves in the cultural industry, preferring instead to pursue spiritual, political or strictly personal aims. They may also have realized that they have become the products of a scene that, while certainly “cool” (hip, educated, urban…), is no less restrictive. They avoid launches and boycott openings to commence their cultural exodus toward places of practice where there are no stars and fanfare, or rather, to free themselves from a cultural scene that requires art to be submitted to the ideological obligation of having social utility or moral value. And so, they put forth artworks that are delinquent and uncool, anachronistic and untimely.

Beckett was constantly renouncing writing; Beuys announced his final performance; Hsieh renounced art… A negative position is not to confront, but to defect; it is not to fight but to renounce. According to Deleuze, renunciation is a strategy used to combat a system that controls all the rules. Only fiasco can resist the ever-powerful, overdetermined and complex system that recuperates all confrontations. Freedom is only possible through anonymity.

Some artists renounce art to convert to activism, and some believe they can combine the two. On the contrary, others abandon activism to engage themselves in a personal artistic journey with concerns that are exclusively aesthetic. For this “Renunciations and Anonymity” edition in number 138 of Inter, art actuel, we would like to, among other things, understand how these artists renounce visibility and recognition, although we did not wish to remove them from their clandestinity. We will accept anonymous submissions.

We are particularly interested in learning how artists toy with the idea of stopping all activity and fantasize about renouncing, but also how the concretization of this desire may help them to tolerate a situation. Sometimes, a critical moment is reached that leads to acting upon the desire and creating a salutary rupture. In his Syllogisms of bitterness, Emil Cioran– who did not commit suicide–said: “Without the idea of suicide I would have surely killed myself.” He needed this fantasy: the freedom to renounce himself.

There are also artists who don’t renounce art, but whose lives are marked by important renunciations that are echoed in their art. Examples of things renounced may include meat, television, relationships (spouses, children, animals), grants, free time, etc.

Finally, there are artists who renounce everything for their art and those who, in contrast, renounce leaving any trace of their passage on Earth–except for in Inter magazine.

Deadline: May 1, 2021
Release date: Autumn 2021